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Généralités

Le "musette", danse populaire, est également un genre musical typiquement français, né, pour être plus précis, à Paris même.
C'est, en fait, le résultat de l'influence des différentes cultures qui l'ont enrichi,  cultures apportées par les musiciens et par les modes: auvergnats, italiens, manouches, américains, espagnols...
Ce style, connu dans le monde entier, est souvent mieux reconnu à l’étranger qu’en France.

Ca c'est Paris !!!

Il fait pourtant partie de notre patrimoine culturel.  

Le musette est souvent associé à l’accordéon et à la danse.
Lorsqu’on prononce ce mot, on rêve de petits bals, de bords de Marne, de guinguettes, de valses mais on pense aussi aux Apaches, à Casque d’Or et aux truands…

L'apparition du musette (de style "moderne") est contemporaine à celle du jazz, au début du XXè siècle.
Elle puise ses racines profondes vers 1880, au sein des communautés auvergnate et italienne, réunies à Paris.  

Son nom provient d’un instrument : la musette, proche de la cornemuse, composée d'un tuyau interchangeable percé de plusieurs trous et d'un sac d'air.
Le musicien, avec un soufflet qu'il actionne sous son bras droit, emplit le sac d'air placé sur son côté gauche, et, en appuyant sur ce sac, fait vibrer les anches d'un tuyau-bourdon.
La peau d’un cabri (jeune chèvre) est utilisée p
our ce réservoir d’air : c’est pourquoi la musette est parfois appelée cabrette.

L’endroit où l’on danse en ville avec, dans l'orchestre, au moins une musette qui joue le thème, est donc naturellement devenu un "bal-musette".
Ce terme est sans doute apparu vers le début du XIXè siècle.

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A l'aube des temps ...

Au début du XVIIIè siècle, les bals publics se développent, en particulier aux limites du Paris d’alors.

Après la construction du mur d'enceinte des Fermiers Généraux, les bals se trouvent séparés les uns des autres par la "barrière" (barrière Ramponeau, barrière de Ménilmontant, barrière de Belleville, etc.)
Qui dit "barrière", dit "taxes" et donc "trafics".
Les gargotes avoisinantes sont alors envahies par une population de petits trafiquants en tous genres.
En fin de semaine, les parisiens viennent s’y distraire et danser au son de la musette, mais aussi du violon, de la vielle, du piston ou de la clarinette.

En 1795, on dénombre à Paris 644 bals de classes différentes.  

Voici quelques noms de bals célèbres durant le XIX è siècle :


Bal du Grand-Turc, boulevard Barbès
Bal du Prado , face au Palais de Justice
Bal musette Dourlans, actuelle Salle Wagram
Chez le père Dénoyez, rue de Belleville
Bal Mabille, rue du Mont-Cenis
Salle Graffard
Bal Cambon, rue de Lappe…  

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Plus proche de nous !

On ne peut parler du musette sans évoquer les auvergnats et les italiens.

Si, au début, le terme "bal musette" est réservé aux endroits ou l’on joue de la musette, cette expression se généralise rapidement à tous les lieux ou l’on danse, quelques soient les instruments utilisés, ce qui provoque la colère des auvergnats, défenseurs de la cabrette...

Comment ?
Louis BONNET
Fondateur du Journal "L'auvergnat de Paris", fin 1895

« Traitres à l'Auvergne et à la Colonie ceux qui essaieraient par des manœuvres policières de substituer à votre bonne cabrette dans les bals populaires des instruments allemands ou italiens et risqueraient ainsi de provoquer la fermeture de tous les bals musette de Paris dont ils seraient parvenus à changer le caractère. »

Comment ?
Eugène GUITARD
Président de l'association "La Cabrette", Janvier 1896

« Là où l'accordéon et le violon ont remplacé la musette, là où le chahut a remplacé la bourrée, là aussi le franc rire a été remplacé par le couteau. »

Pour eux, le bal musette doit être réservé à la musette!
Suite à une intervention de Louis Bonnet auprès du préfet de Paris,
certains bals "musette" sont fermés.
Ils sont autorisés à exercer à nouveau uniquement s'ils font appel à des joueurs de musette.

Mais voici toute l'histoire dans l'ordre...

La bourrée à Paris...

Déjà présents en bonne proportion vers la fin du XVIIIè siècle en tant que rémouleurs, chaudronniers, raccommodeurs de faïence, ..., les auvergnats s’installent à Paris de plus en plus nombreux, entre 1800 et 1900.
Arrivant par la gare d'Austerlitz, ils se retrouvent d’abord dans les 5ème, 11ème  et 12ème  arrondissements…
S’intéressant  au commerce, ils se spécialisent rapidement vers la ferraille, la restauration et les débits de boissons.
Pour se distraire, la communauté installe, dans les arrières boutiques des cafés, de petites salles de bal.
On commence, alors, à parler des rues au Maire, de Lappe, Saint-Maur, de Charonne, des Taillandiers, de Montreuil, de Charenton, du passage Thiéré…
Dans ces cafés, début 1900, on danse (surtout le samedi soir et le dimanche après-midi) la bourrée au son de la musette et de la grelottière, un bracelet orné de grelots que les musiciens s'attachent à la cheville.

L’ambiance sympathique et la musique de ces bals "musette", souvent appelés "Bal des Familles", attirent un grand nombre de Parisiens et d’Italiens…

Ces derniers, à la fin du XIXè, arrivent en masse par la gare de Lyon et s’installent dans les arrondissements avoisinants.
Les familles Carrara, Peguri, Coia (entre autres) font résonner la rue Curial (19è arrondissement) au son de leurs accordéons.

Les Italiens, avec leurs accordéons diatoniques, sont d’abord assez bien acceptés par certains joueurs de musette.
On danse alors la bourrée, la valse, la polka, la marche…
Lorsque, quelques années plus tard, ils tentent d’introduire de nouvelles danses dans les bals et se mettent, grâce au passage à l’accordéon mixte (moitié diatonique, moitié chromatique), à faire évoluer la musique dépassant ainsi la capacité de la cabrette, un conflit éclate.  

La situation s’aggrave encore avec la naissance de l'accordéon chromatique et de ses fantastiques possibilités, vers 1900.  
La rupture est inévitable.

Les Italiens partent jouer dans de nouveaux endroits que, malgré tout, ils appellent "Musette", caractérisés par la présence de l’accordéon, de la batterie et par la "valse".
Le succès est rapide et attire tout Paris, car les accordéonistes créent un répertoire totalement neuf et attractif.
L’accordéon devient l’accompagnement favori des chanteurs, descend dans la rue et se popularise ainsi de plus en plus.

C’est alors la véritable naissance du genre Musette.

Présents dans tout Paris, les bals "accordéon", finissant par dépasser les barrières, se répandent en banlieue et partout en province, sauf… dans "une petite région qui résiste encore et toujours à l’envahisseur" (l’auvergne, bien sûr !), qui y viendra quand même plus tard par le biais du diatonique.  

Chauffes Marcel !!!

De cette époque, retenons quelques noms :

·         Antoine Bouscatel, né le 9/03/1867
Connu pour sa grande dextérité à jouer de la cabrette
Début XXè siècle, dirige 13 rue de Lappe, un "café bal" nommé "au Chalet"
1904-1905 : première rencontre "officielle" de la musette (Bouscatel) et de l’accordéon (Péguri)
Immense succès immédiat
Le "Chalet", connu sous différents noms (le "bal Bouscatel", "Chez Bouscatel", le "Bousca-bal") fonctionnera jusqu’en 1950.

·         Charles Péguri, né le 30/10/1879
Issu d’une famille de quatre frères tous accordéonistes
Virtuose de l'accordéon diatonique
Figure de légende de l’instrument
Travaille, avec succès, chez Bouscatel
Termine sa vie misérablement.

·         Emile Vacher, né le 7/05/1883
Ne connaît pas la musique
Accordéoniste virtuose doué d’une mémoire surprenante
Joua toute sa vie sur un modèle "mixte"
Souvent considéré comme le créateur du style "Musette".

·         Martin Cayla, né le 23/06/1889
Partagé entre l'accordéon diatonique et la cabrette.

Pendant la première guerre mondiale, les bals et les salles de spectacles ferment.

A la fin du conflit, la foule est en manque de distraction.
De multiples lieux de danse s'ouvrent alors : musettes, guinguettes, dancings, etc.

On trouve, à cette période, sous le même vocable de "Bal Musette", trois types d'établissements :

. le "bal des familles", typiquement auvergnat, ou l'on voit encore quelques cabrettes
. le "bal musette populaire", ou parfois la java est interdite (!!!)
. le "guinche", plus ou moins louche, des truands...

Afin d'éprouver le "grand frisson", la bourgeoisie la plus huppée vient parfois se mêler au "populo" dans ces endroits souvent sombres et sordides.
Commence alors à se mettre en place dans certains bals, plus particulièrement à la Bastille, et ce jusqu'à la seconde guerre mondiale, une sorte de théâtralisation des lieux à l'intention des touristes, avec "faux truands", "fausses descentes de police" et "faux coups de feu"...

Côté musique, rapidement et définitivement, l’accordéon se "débarrasse" de la cabrette.
Il s’introduit dans beaucoup de manifestations musicales et dansantes.
Il s'intègre même dans les orchestres de tango puis de jazz, des nouveautés à succès qui se succèderont en France (à partir de 1910 et pendant plusieurs années).

On pratique donc le tango, mais aussi le fox-trot, la java, la polka-variation, la mazurka, le one-step, le paso-doble, la biguine… et la valse, bien sûr, qui caractérise le Musette.

Voici quelques noms de bals célèbres à Paris et dans la banlieue, dans cette première moitié du XXè siècle:

Le Bal Dufayet
Le Chalet, rue de Lappe
La Boule rouge, rue de Lappe
Les Barreaux verts, rue de Lappe
Le Bal Chambon, rue de Lappe
Le Bal Vernet, rue de Lappe
Le Petit Balcon, passage Thiéré
Le Bousca, à la Bastille
Le Petit Bousca, rue de la Huchette
Les Grav', rue des Gravilliers 
Le Petit Jardin, av de Clichy
La Grille
Le Musette
Les Trois Colonnes
Chez Charbonnel, à la Bastille
Le Bal Nègre, rue Blomet
Le Bal Ramponeau, rue Ramponeau

l'Alcazar-Nation, boulevard Voltaire
Le Valence,  6 rue de Valence
Le Bal des Bossettes, sentier des Bossettes, à Ivry
Le Balajo, rue de Lappe

Le Boléro, boulevard de Belleville
Le Ca Gaze, rue de Belleville
Le Bal Saint-Fargeau, rue de Belleville
La Coupole, à Montparnasse
La Coupole, à Montmartre
Le Petit Robinson, à Alfortville
Chez Grosgnier, à La Varenne
Chez Bigot, à Courbevoie
L'Ermitage, à Maisons-Alfort
La Java, faubourg du Temple
Chez Jouas, rue Polonceau

Au niveau instrumental, notons, dans les orchestres, la présence souveraine de l’accordéon, mais aussi celle de la batterie qu'on appelle "le jazz" et qui, par sa puissance, permet aux danseurs de mieux saisir le rythme dans les salles non sonorisées de l'époque.
Du côté des cordes, le banjo apparaît, puis la guitare avec ses influences Manouches et Tziganes...

Début 1940 naît le Swing-musette, avec un répertoire de valses permettant de riches improvisations...

Petit à petit, l’orchestre s’étoffe : la mandoline, le bandonéon, la clarinette, la trompette, le saxophone…

Alors au début de son apogée, l’accordéon est le symbole du Musette.

De cette époque, on retient les noms des musiciens suivants :

·         après 1920 :
A. Carrara
M. Peguri,
Coia

·         après 1930 :
Marceau
Deprince
Ferrero
Vaissade
P. Corchia
L. Peguri
Duleu

·         après 1940 :
Ferrari
Prud'homme
Privat
Murena
Viseur
E. Carrara

·         après 1950 :
Verchuren
Azzola
L. Corchia
Horner
Ledrich
Astier.

Après 1945, le musette devient la musique populaire par excellence.

Mais, alors que certains accordéonistes vont rester discrets, fidèles au style Musette et à ses origines, d'autres parmi ceux ci-dessus cités, vont chercher et réussir à devenir des "stars".

Hélas, l'image qu'ils véhiculent ("ringarde" et un peu trop "franchouillarde"), leurs affreuses grimaces souriantes, les médias qui ne nous font entendre que ce qui devient rapidement des rengaines (dans le mauvais sens du terme), tout ceci va finir par nuire à l'accordéon en général, donc au Musette et aux danses qui lui sont associées.

Les jeunes se désintéressent de ce style musical.
Vers 1960 et pendant une trentaine d'années, l'image de l'accordéon va se ternir de plus en plus.
Les danses liées à cet instrument vont, par conséquent, en subir le contre-coup...

Comment ?
Jo PRIVAT

« Malheureusement, les jeunes s'en dégoûtent parce que c'est le plus mauvais qu'on entend. Je ne veux pas donner de noms, mais certains se reconnaîtront. D'ailleurs c'est ceux-là qui gagnent le plus d'oseille. Ils ont foutu l'accordéon en l'air avec leurs sonorités à la noix et toujours les mêmes ficelles, on n'en sort plus. »

Depuis les années 90, l'accordéon revient peu à peu à la mode au sein des groupes de rock.
Espérons que ce renouveau aidera à relancer l'intérêt pour les danses de couple et  permettra au style Musette en particulier de se développer à nouveau
... (voir à ce sujet notre rubrique : le Musette actuel).

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