Ils l'ont dit un jour : "chansons"

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Soi-même java  P115
Francis Carco

Quand l' gros Gégèn
Soi-même
S'amène au bal musette
A petits pas il danse la java
Et tout's les poul's
Comm' saouls
Lui riboul'nt des mirettes
Mais question de plat il leur répond
Ca va ! va ! va ! va !
Avec son diam' planté dans la cravatte
Quell' tomate
Il épate...

La vraie de vraie   P215
E. Deloire & A. D
ecaye

C'est la vraie de vraie
Celle que l'on dansait
Avant la guerre
Au bal de la Glacière
Les javas d' maint'nant
C'est pour élégants
C'est trop rempli d' chichis
C'est pour les gavés
Qui s' croient affranchis
Mais nous les voyous
Quand on est chez nous
Nous guinchons toujours
Sur nos vieux amours...

[...]  

Pour mieux l'apprécier [la java]
V'nez donc l'essayer
Avec les frappes
Aux bals de la rue d' Lappe
Quel quartier charmant
Brrrou... c'est rempli d' jeunes gens
Tous à l'amour réel
Et au corps tatoué
De serments éternels...

A Paris, dans la nuit  P269
Gavel, Combe, Seider & Nargand

L' rendez-vous des purs, des vrais, des plus chouettes,
C'est à la Bastille tout près d' la Roquette.
Y a là réunis plusieurs bals-musette,
Où tous les rupins,
Les gens du gratin,
Viennent voir les coquins...
Dans la rue de Lappe quand l'soir s'enfuit
Des couples s'avancent,
Tout en chaloupant vont dans la nuit...
Piquant une danse,
Ils entrent au musette faire un p'tit pas,
La valse des frappes,
Tenant dans leurs bras jusqu'au petit jour
Une belle môme d'amour...
Dans la rue de Lappe...

[refrain]

Il arrive souvent qu'en mômes ils chahutent.
Pour le cœur d'une femme deux hommes se disputent.
On sort dans la rue, ça n'dure qu'une minute,
Car sitôt dehors, on r'connaît ses torts et on s' met d'accord...
Dans la rue de Lappe...

[refrain]

Y en a qui s'en vont, en traînant leur peine
Dormir tout l'hiver au bord de la Seine.
Mais les affranchis trouvent les berges malsaines,
Et le soir ils vont
S'endormir au son
De l'accordéon...
Dans la rue de la Lappe...

[refrain]...   

Sous les ponts         P269
Scotto, Varna, Lelièvre & De Lima

Pour voir les dessous de notre capitale
Chaque nuit dans les autocars,
Les étrangers visitent Montmartre, les Halles
Belleville et le quartier Houssard.
Si rue de Lappe,
la vue des gouapes
Les fait un peu trembler,
Pour voir des types,
Des drôles d'équipes,
Ils f'raient bien mieux d'aller,
Du Point-du-jour à Charenton,
Sous les ponts...

La môme Casque d'or      P88

J'ne me rappell' pas où je suis née, 
C'est à Paris, probablement.
Je me rappell' pas non plus l'année.
J'dois avoir dans les vingt-quatre ans.
J'suis orpheline de père et de mère.
Qu'étaient-ils? Je n'en sais trop rien.
Peut-être des fils de la misère,
Qui m'ont mise au monde comme un chien.

Je suis la gigolette,
La marchande d'amour.
Pour gagner de la galette,
J'aime la nuit et le jour.
Tout le monde me connaît à Belleville.
Mon homme est l'plus bath et l'plus fort.
C'est la terreur des sergents de ville,
J'suis la Môm' Casque d'Or. 

Java
Eddy Marnay, Emile Stern

Java, qu’est ce que tu fais là
Entre les deux bras d’un accordéoniste,
Faut pas t’gaspiller comme ça,
Avec tous ces gars
Qui s’prennent pour des artistes.
Tu t’ramène et tu t’en vas,
A l’envers, à l’endroit,
Et tu miaules comme un chat,
Qui s’bagnaude sur les toits.
Java, qu’est ce que tu fais là,
Entre les deux bras d’un accordéoniste,
Faut pas nous prendre pour des touristes
On est pas des Auvergnats.

T’en pinces un peu, pour les ceusses qui portent des bretelles,
Faut voir à voir, à savoir trier sa clientèle,
Quand les poulets à siffler te mettent tous en transe
Tu leur donnes la contredanse,
Et puis voilà.

Java, qu’est ce que tu fais là,
Entre les deux bras d’un accordéoniste,
Faut pas t’gaspiller comme ça
Avec tous ces gars,
Qui s’prennent pour des artistes.
Paraît qu’ils tournent avec toi,
A l’envers, à l’endroit,
Viens donc voir un peu par là
Qu’on profite de ça.
Java, qu’est ce que tu fais là,
On attend que toi, pour balayer la piste,
C’est pas joli d’être égoïste
Avec tes p’tits potes à toi.

Java, qu’est ce que tu fais là,
Avec ta mine triste,
Je cherche un accordéoniste
Pour m’endormir dans ses bras.

Les nocturnes
Gabaroche

A Paris, la grand’ ville ,
Des ombres vont la nuit,
Qui se faufilent
Le long des murs sans bruit.
Là, sous la lanterne au feu rouge,
Faisant les cent pas,
Les brav's agents surveillent les bouges,
Dans l’ service , on n’ blague pas.
D’autres, sous leurs capuchons,
Par deux, dans la nuit, s’en vont...

Ce sont les nocturnes,
Les papillons de nuit,
Qui veillent, pour qu’on n' fasse pas d’ bruit,
Quand l’ bourgeois roupille dans sa turne.
S’ils sont taciturnes,
Sous les plis d’ leurs manteaux
C’est qu'ils risquent souvent leur peau,
Les nocturnes...

Le long des sombres berges,
Où de pâles falots
Semblent des cierges,
Reflétés par les flots,
Des ombres s’en vont, têtes basses ,
Si lasses de souffrir,
Que vers l’eau profonde qui passe
Elles viennent en finir.
Quand on est trop las d’ lutter,
Un soir, on a qu’à sauter.

Ce sont les nocturnes,
Les papillons de nuit,
Recèlent les bonheurs détruits,
Leurs cœur sont de funèbres urnes.
Ils vont taciturnes
Là-bas vers les flots noirs,
Où sombrent les grands désespoirs,
Les nocturnes.

Rue de Lappe
F. Lemarque - Revil

Tous les Samedis soir,
On allait, comme ça ,
Dans un bal musette,
Pour danser, comme ça ,
Dans un vieux quartier,
Fréquenté, comme ça ,
Par des danseurs de Java,
Comme ça !

Rue de Lappe, rue de Lappe,
Au temps joyeux,
Ou les frappes, ou les frappes,
Etaient chez eux,
Rue de Lappe, rue de Lappe,
En ce temps là,
A petits pas on dansait la Java.
Les jules portaient des casquettes,
Sur leurs cheveux gominés,
Avec de belles rouflaquettes,
Qui descendaient jusqu’au nez.
Rue de Lappe, rue de Lappe,
C’était charmant,
Rue de Lappe, rue de Lappe,
Mais plus prudent,
Rue de Lappe, rue de Lappe,
Pour les enfants,
De les emmener, ce soir là au ciné
Plutôt qu’ d’aller se faire assassiner.

Passez la monnaie, passez la monnaie,
Et ça tournait.
Et plus ça tournait, et plus ça tournait,
Plus ça coûtait.
Qu’est ce que ça coûtait ? Qu’est ce que ça coûtait ?
Quelques tickets.
Mais on n’ les payait, mais on n’ les payait
Presque jamais.

Ceux qui n’ sortaient pas de polytechnique,
Pour la politesse, avaient leur technique ,
Avec les gonzesses, c’étaient à coups d’ trique,
Qu’ils discutaient politique,
Comme ça !

Rue de Lappe, rue de Lappe,
On rencontrait,
Une frappe, une frappe,
Qui revenait,
Rue de Lappe, rue de Lappe,
Pour respirer
Un peu d’air frais
De ce bon vieux quartier.
Il laissait à la Guyane
Son bel ensemble rayé ,
Pour cueillir le cœur d’ ces dames,
Comme une poire au poirier.
Rue de Lappe, rue de Lappe,
C’était parfait,
Rue de Lappe, rue de Lappe,
Oui mais, oui mais,
Rue de Lappe, rue de Lappe,
Par les poulets,
Un soir de rafle, il se faisait cueillir,
Pour la Guyane, il devait repartir...

Passez la monnaie, passez la monnaie,
Et ça tournait,
Pendant q’ ça tournait, pendant q’ ça tournait,
On l’emmenait,
Et ça lui coûtait, et ça lui coûtait,
Quelques années,
Mais il n’ les faisait, mais il n’ les faisait
Presque jamais.

Rue de Lappe, Rue de Lappe,
Quand il rev'nait,
Rue de Lappe, Rue de Lappe,
I' r’commençait. ..

La Java
A. Willemetz & J. Charles - M. Yvain

Quand arriv' le sam'di,
Sans fout' de vernis
Ni fair' de toilette
Nous partons au galop,
Avec mon costaud
Dans un bal musette
Où nous nous retrouvons
Rien qu'entre mectons
Et vraies gigolettes,
Deux par deux on tourne, on tourne... et on
Fredonne au son de l'accordéon...

Qu'est-c' qui dégot'
Le fox-trot
Et mêm' le shimmy
Les pas english,
La scottish
Et tout c' qui s'ensuit,
C'est la java,
La vieill' mazurka
Du vieux Sébasto,
J'suis ta ménesse,
Je suis ta gonzesse,
Tu es mon julot!

Tout contre toi,
Serre-moi
Bien fort dans tes bras,
Je te suivrai,
Je ferai
Ce que tu voudras.
Quand tu me prends
Dans mon cœur je sens
Comme un vertigo;
J'aim' ta casquette,
Tes deux rouflaquettes,
Et ton bout d' mégot !

Mais boulevard Saint Germain,
Les gens du gratin,
Qui n’ont pas d’ principe,
Dès que les purotins,
On què'que chose de bien,
Il faut qu’ils leur chipent,
A présent les mondains,
Essaient, mais en vain,
De copier nos types,
Et les poules de luxe,
Dans les salons,
Chantent en pâmant,
A leur michetons...

C'est un mauvais garçon
Georges Van Parys - Jean Boyer

Nous, les paumés,
Nous ne sommes pas aimés
Des bons bourgeois
Qui nagent dans la soie.
Il faut avoir, pour être à leur goût,
Un beau faux-col et un chapeau mou,
Ça n' fait pas chic un' casquette
Ça donne un genre malhonnête!
Et c'est pourquoi
Quand un bourgeois nous voit
Il dit en nous montrant du doigt...

C'est un mauvais garçon
Il a des façons
Pas très catholiques...
On a peur de lui
Quand on le rencontre la nuit .
C'est un méchant p'tit gars
Qui fait du dégat
Sitôt qu'il s'explique
Ca joue du poing, d' la tête et du chausson
Un mauvais garçon...

Tout' les belles dam'
Pleine de perles et de diam'
En nous croisant
Ont des airs méprisants.
Oui mais, demain, peut-être ce soir,
Dans nos musettes, elles viendront nous voir.
Elles guincheront comme des filles
En s'enroulant dans nos quilles,
Et nous lirons dans leurs yeux chavirés
L'aveu qu'elles n'osent murmurer...

C'est un mauvais garçon
ll a des façons
Pas très catholiques...
On a peur de lui
Quand on le rencontre la nuit .
C'est un méchant p'tit gars
Qui fait du dégat
Sitôt qu'il s'explique
Mais y'a pas mieux pour donner l'grand frisson
Qu'un mauvais garçon...

Paris Canaille
L. Ferré

Paris marlous
Aux yeux des filles,
Ton air filou,
Tes vieilles guenilles,
Et tes gueulantes
D’accordéon,
Ca fait pas grand,
Mais c’est si bon.

Tes gigolos,
Te déshabillent
Sous le métro
De la Bastille,
Pour se saouler,
A tes jupons
Ca fait gueuler
Mais c’est si bon.

Brins de lilas,
Fleurs de Pantin,
Ca fait des tas
D’ petits tapins,
Qui font merveilles
En toutes saisons,
Ca fait d’ l’oseille
Et c’est si bon.

Dédé la croix,
Bébert d’Anvers
Ca fait des mois
qui sont au vert,
Alors ces dames
s’ font une raison,
Ell’s font bigames
et c’est si bon…..

Bébert
Raymond Vincy

On ne danse plus la java
Chez Bébert le monte-en-l'air
On est swing du haut jusqu'en bas
Chez Bébert dit les Pieds-plats.

Dès qu'on ouvre le bal
Dédé du Portugal
En agitant un doigt
r'mue du croupion
Et jojo l'énervé
Afin de lui prouver
Qu'il est swing de touts les façons
Lui colle aussitôt un marron !

Mais personn’ ne s’inquièt’ de ça,
Chez Bébert le monte-en-l’air !
Y’a qu’le swing qui les tient par là
Chez Bébert dit les Pieds-plats...  

L'accordéoniste

La fille de joie est belle
Au fond d' la rue Labat
Elle a une clientèle
Qui lui remplit son bas !

Son homme est un artiste
C'est un drôle de p'tit gats,
Un accordéoniste
Qui sait jouer la java...

Elle écout' la java
Mais ell' ne la dans' pas
Ell' ne regarde mêm' pas la piste
Et ses yeux amoureux
Suivent le jeu nerveux
Et les doigts sec et doux de l'artiste
Ça lui rentre dans la peau
Par le bas, par le haut,
Elle a envi' d' gueuler, c'est physique
Tout son être est tendu,
Son souffle est suspendu
C'est une vrai' tordu' d' la musique...

La bague à Jules
Jamblan & Siniavine

Y’à quelque chose qui tourne pas rond,
Sur cette boule, qu’on appelle la terre,
Et même les gens, qu’ nous admirons
N’sont pas à l’abris d’ la misère.
Ainsi dans le milieu, l’autre jour,
A midi juste, à la pendule,
Cette nouvelle, n’a fait qu’un tour,
On a fauché la bague à Jules .

Jules c’est un caïd, une terreur,
Mais un malin, presqu’un artiste,
Un gars qui n’ fait jamais d’erreur,
Une mine d’or pour les journalistes.
Pour une fois qu’il s’ faisait masser
De l’orteil à la clavicule, complètement nu,
Comme vous pensez,
On a fauché la bague à Jules.

Une petit bague de rien du tout
200 grammes d’or autour d’un diam',
Des p’ tits rubis un peu partout.
Seulement la bague lui venait d’ Madame,
Ou plutôt de son air guindé,
Aux demoiselles qui déambulent,
Elle avait dit : "Alors, mesd’moiselles,
C’est décidé, n’est-ce pas ?
On va offrir la bague à Jules".

La s’cousse des pépés des carrefours,
Les celles que la morale tolère,
Les belles de nuit, les belles de jour,
Les faux poids et les vraies douairières,
Elles ont élevé leurs tarifs,
Afin d’arrondir leurs pécules,
Y’à eu du marathon sportif,
Pour alourdir la bague à Jules.

Hélas depuis qu’on a fauché,
L’ornement d’ son auriculaire,
La clientèle peut s’approcher
Fini l’ moindre effort pour lui plaire.
Et malheur au gars qui dirait,
Comme ça bêtement, sans préambule,
"Pardon, Mademoiselle, c’est-y vrai,
Qu’on a fauché la bague à Jules ?"

Et Jules, lui même, c’est pire encore,
Il ose plus dire bonjour aux potes,
Il sait pas quoi faire de son corps,
Quand il est tout seul il sanglote.
Tous les midis, dés qu’il est levé,
D’un air penaud et ridicule
Y’va voir aux objets trouvés,
Si y’aurait pas la bague à Jules.

Tenez, l’autre soir n’en pouvant plus,
Tremblant comme un qu’a la jaunisse,
Et cachant ses gros doigts poilus ,
Il est allé voir la police,
Et là, au commissaire, soufflé,
Il a dit, tant pis, c’est régule,
"Monsieur le Commissaire, écoutez,
Y’aura 10 sacs, 10 sacs, pour le poulet,
Qui ramènera la bague à Jules."

Et pendant c’ temps là,
Pas bien loin,
L’imbécile qu’a fauché la bague,
Se console tout seul dans son coin,
De l’énormité de la blague
Car sa loupe lui a révélé,
La vérité sur le bidule,
Dans l’histoire tout l’ monde est volé,
Elle était fausse la bague à Jules.

La Valse des costauds   P165

Moi je connais disait Fonfon
Un coin où les affranchis vont
C'est à deux pas d' la Bastille
Un petit bal de famille
Y a un fameux accordéon
Qui vous sort de ces variations
A faire pâmer les gigolettes
Écoutez-moi ça si c’est chouette...
[...]
Pour cette valse à sensation
Afin de s'donner d' l'émotion
On éteint toutes les lumières
Alors parlez d'une affaire
Y en a qui vont aux renseignements
Et qui n's'en font pas et comment
Les yeux chavirés ils fredonnent
Ce refrain qu'ils ont à la bonne
C'est la valse des costauds...

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