Ils l'ont dit un jour : "mode"

                             
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Jean  LORRAIN      P79  
La Maison Philibert , 1904

« En longues blouses bleues aux plis tombant sur le pantalon de velours, quatre robustes gars manipulaient fiévreusement des cartes. Leur jeu passionnait tout un groupe d'aminches en gilet de chasse ou en veste de toile; vagues couvreurs, équivoques zingueurs, et plus sûrs marlous, appareillés par la même casquette et le même foulard noué coquettement autour du cou »

Claude DUBOIS     P 79/80
La Bastoche, 1997

« C'est en 1848 que les rôdeurs commencent à porter la blouse. 

Voici la mode, en 1870 : pantalons à carreaux jaunâtres; chemise blanche à col cassé, manchettes; blouse blanche ouverte, à revers, dont le col s'en allait en arrière; cravate ponceau à la Colin ornée d'un col démesuré ou foulard autour du cou; sur la tête la casquette David, sans autre précision de forme. Les filles mettent leurs cheveux dans un filet de couleur agrémenté d'un ruban sur le côté, dit à la Benoîton. Elles marchent en chaussures à talons hauts.  

En 1878, les marlous se collent les tifs aux tempes en accroche-cœur. La blouse, blanche ou bleue, à col et à poches, est fendue par-devant. La blouse Panet, du nom du propriétaire d'un magasin de nouveautés de la rue Mouffetard fondé en 1829, bleue, était à plis étroits; des boutons de nacre fermaient les poches. Panet crée également une casquette, la Panet, au volume très ample sur l'occiput et à petite visière. Le foulard, bleu ou rouge, est serré par un nœud aux bouts rejetés, qui derrière le cou, qui sur l'épaule. Le pantalon à pattes d'éléphant fait fureur. On le doit à Bénard, tailleur, rue Mouffetard toujours, au 65. "Le fils de celui-ci, nous apprend Chautard, s'établit plus tard rue du Faubourg-Saint-Antoine, où il continua de satisfaire la clientèle malfaisante de la capitale avec le pantalon serré aux genoux et ample à son extrémité."  Le Bénard a connu un succès tel que, de nom propre, il est devenu nom commun. Un bénard, c'est un pantalon, en argot parisien. Un bénard, un ben’ parfois, et, souvent encore, un bénouze.

A l'approche de 1880, les femmes avaient les cheveux retenus par un filet de résille, elles étaient peignées à la chien. Elles allaient, les mains dans les poches de leur tablier...

[...]

En 1883, le pantalon à pattes est en velours noir uni, avec baguette sur le côté, ensuite. L'empeigne vert foncé des bottines est garnie de boutons de nacre; blouse et foulard sont bleus, la ceinture aussi, ou rouge. L'été, la mode est au veston blanc à grand col, provenant du Franc-Picard, un bouclard du faubourg du Temple. Les hommes ont un faible pour la casquette Desfoux, avec visière, ou viscope, comme la Panet, mais plus grande, plus plate sur la tête, une bâche qui fait un peu casquette de marin. A la Courtille cependant, note Chautard, les malfaiteurs laissent la deffe (littéralement la "desf", apocope argotique de Desfoux) pour le galurin, le chapeau. Les femmes ont volontiers la tête nue. Elles portent encore le tablier, et les élégantes se vêtent d'un jersey qui leur moule les formes. 

[...]

 Les années suivantes, la blouse commence à être dédaignée au profit de la veste, de lustrine noire en 1898. Dessous, une chemise de couleur. A cette époque apparaît le fameux froc à la mal au ventre, en fait un pantalon de velours à la hussarde muni de poches à gousset, ainsi dénommé car les durs avaient constamment les mains dans les fouilles comme si le ventre leur faisait des misères... Le langage parisien n'était pas chiche d'images! On se souvient peut-être que, sur scène, Maurice Chevalier avait une manière particulière, hilarante, d’un coup de reins, se remonter le bénard... Il singeait, en l’esthétisant, un geste de la plus grande obscénité, qu'il avait vu faire, tant de fois, à Ménilmontant, dans sa jeunesse! Toute une gestuelle voyou, mimiques, attitudes, sifflements, oubliée... Qui sait ce que signifie "tailler une basane" ? Cette insulte gravissime consiste à taper sa main sur la cuisse et, en la retournant comme si on urinait, à montrer son sexe, sa virilité à celui qu'on injurie...

[...]

A l'aube du siècle, la Grivel devient ze casquette! Sa forme est, peu ou prou, celle d'aujourd'hui. Les femmes sont chaussées de sabots appelés claquettes. Un tablier bleu à petits carreaux leur entoure entièrement la taille, formant une seconde jupe.

[...]

En 1906, les hommes gardent la même allure, sauf qu'ils se font les cheveux « en boule » derrière le crâne, l'habitude durera longtemps. »

Pierre DRACHLINE & Claude PETIT-CASTELLI     P40
Casque d'or et  les apaches

« En général, les Apaches de Paris et de la périphérie étaient jaloux de leur mise. Celle-ci, bien évidemment, variait selon les modes et les circonstances. Chaque bande, d'ailleurs, tenait à se distinguer à sa façon.

La casquette - la deffe - , pouvait être plate, ronde ou gonflante. Elle mettait en valeur les cheveux coupés en ligne droite au-dessus du cou. Lissés et pommadés, les mèches étaient ramenés en guiches (accroche-cœurs) sur les tempes au niveau de la partie supérieure de l'oreille.

Sous la veste cintrée ou le bourgeron bleu, la blouse de toile que portaient alors les ouvriers, apparaissait, tel un symbole, une chemise sans col ni cravate comme pour mettre en valeur le foulard de couleur vive noué autour du cou.

Les Apaches, relativement peu soucieux de l'apparence de leur veste ou de leur pantalon souvent rapiécés et d'une étoffe quelconque, plaçaient leur honneur vestimentaire dans leurs chaussures. Qu'elles fussent nommées, bateaux, écrase-merde, flacons, grolles, lattes ou tatanes, elles devaient briller. Le comble de la coquetterie apache étant les bottines jaunes à bouts pointus cirées de frais avec des boutons dorés.

Un Apache pouvait voler, truander, tuer si nécessaire, pour s'approprier la paire de chaussures qui le mettraient en valeur aux yeux de sa bande et de ses amoureuses. La moindre égratignure et la paire était jetée aux pauvres.

Parfois, pour des raisons évidentes, les membres d'une même bande ou d'un même quartier convenaient d'un vêtement particulier pour se reconnaître lors d'une expédition sur un autre territoire que le leur. Une cravate rouge ou un tricot rayé de bleu et de blanc faisaient alors parfaitement l'affaire. »

Paul MATTER      P81
La revue Bleue, 16 Novembre 1907

Titre : Chez les Apaches

« Parmi les Messieurs, beaucoup portent le costume à la mode du jour, veston cintré, à soutaches noires en zigzag sur la poitrine, casquette vert-de-gris, et la chevelure en botte de mouron : ras sur la nuque, les cheveux sont longs sur l'occiput, formant un paquet oint d'huile au patchouli, et ressemblant à un lot de varech jaune ; plus d’accroche-cœur ou de rouflaquettes, mais tous la "botte de mouron". Quelques élégants détonnent avec leurs vêtements de coupe classique, dignes du bon faiseur, des bijoux dont le toc fait illusions à la lueur des quinquets, leur "english cap" de la bonne maison. »

 Le Matin     P112
30 Septembre 1907

« Si le patte d'éléphant a pratiquement été abandonné, la "deffe" est plus que jamais à la mode. Le veston est de forme quelconque, souvent remplacé par un simple bourgeron bleu. La chemise se porte sans col ni cravate. Les pégriots sont pauvres, à la limite de l'indigence parfois, leurs vêtements sont usés, rapiécés, mais, luxe sans partage, les chaussures sont de coupe impeccable. C'est dans la chaussure que l'apache met toute sa coquetterie : c'est pour acquérir la paire de fines bottines jaunes qui lui permettra de ne pas être confondu par les siens avec l'honnête travailleur, trop méprisable à ses yeux, que bien souvent l'apache du "Sébasto" attaquera le passant. Mais c'est là aussi un des signes distinctifs, grâce auxquels on le reconnaîtra aisément. »

Francis CARCO     P153
Panam, 1922

Au sujet des apaches :

« Leurs cheveux coupés en "boule" derrière ou "en paquet de tabac", laissant luire - encore avant la guerre - des éclairs de peau grise qui allaient d’une oreille à l’autre et invoquaient avec cynisme des impressions de guillotine après la toilette du condamné. Leurs nuques rasées bombaient entre le col et la casquette. Elles étaient le signe distinctif des "aminches", des "potes" ou des "gonzes poilus" que l'idée de la mort emplissait d'une gouaille sinistre et redoutable .» 

Au sujet des filles :

« coques poisseuses et enrubannées de leur coiffure. Toutes avaient, au-dessus de l'oreille, la "patte" drue de cheveux et, autour du cou qui sortait nu des chemisettes à pois et de couleurs, un mince ruban de velours noir où suspendait un médaillon »

Jean MAG et Louis PEGURI     P116  
Du bouge.. au Conservatoire, 1950

Passage Thiéré avant 1914 :

« Dans la sinistre ruelle, un unique bec de gaz jette sur le sol mouillé sa lumière crue. Frôlant les murs lépreux du passage: des ombres! Celles des "durs", pantalons à pattes, casquettes, rouflaquettes, mégots collés aux lèvres. Dans une poche, à portée, un " feu ", principal outil de leur industrie coupable. D'autres ombres, plus menues: dos voûtés, tabliers plissés, foulards rouges, maquillage blafard, cheveux frangés: les radeuses, humaine et lamentable TCRP de tuberculose, de syphilis, de vices... »

Héron de VILLEFOSSE     P243
Paris Vivant

« Lui avait dix-huit ans, la tenue du quartier de la Roquette : casquette de travers, un peu en arrière, foulard, ceinture de même et espadrilles. Elle, seize ans, la tenue du quartier : noire et rouge. Lui de sa pochette, laissait pendre un mouchoir brodé aux initiales J.M. Elle, elle s'était fait tatouer dans le pli du coude gauche, que l'on voyait lorsqu'il n'entourait plus le cou de son homme, contre lequel elle était blottie, les initiales J.M. »

Claude DUBOIS     P 154
La Bastoche, 1997

« Dès l'armistice ou presque, rue de Lappe, la mutation est visible à l’œil nu : il suffit de comparer l'allure des gonzes poilus à celle de Fernand, "Mon homme". Fernand est décidé, élancé, habillé avec soin d'un complet marron, chapeau de feutre, chaussures à tiges claires, moustaches coupées à l'américaine, faux col mou. Il est ce business man repéré par Warnod à la foire à la ferraille du boulevard Richard-Lenoir en imperméable kaki, auquel les souliers jaunes, le col mou de couleur tendre, et le chapeau melon en arrière ' donnent un "air affranchi". Cette mise modernisée, dont le raccourcissement de la moustache puis, bientôt, son abandon, et le port du chapeau, plus élégant que la casquette, sont les signes les plus caractéristiques, paraphe la transformation physique, vestimentaire, du gonze poilu, de l'apache, du pégriot en homme du milieu... A son tour, le melon disparaîtra au profit du feutre mou, le borsalino ainsi qu'on le désigne aujourd'hui, sans égard pour les marques Mossant, Sools, etc,, très appréciées. Ce feutre mou, cette forme bourbon avec, alors, une large bande de tissu ornant la base du haut du chapeau, nu, semble être venue des États-Unis. Dans le films et sur les photos d'époque, les gangsters en sont tous coiffés. La casquette persistera longtemps. Une subtile hiérarchie différencie ses tenants de ceux qui passent au chapeau...

[...]  

Les qualité des frusques et le chapeau vous classaient un lascar, en dépit à fautes de goût auxquelles le recul confère maintenant un charme folklorique. Certes, le Mondain porte des chaussures vernies, un complet d'étoffe sombre à damiers, un col dur, des manchettes, mais il dégage, une violente odeur de brillantine, renâcle Carco...

Titin de Marseille, quant à lui, outre sa chemise de soie rose bonbon, sa cravate verte, sa bague formée d'un serpent aux yeux de rubis, ses souliers jaunes, se reconnaît au fumet d'ail relevé d'une pointe d'anis qui le suit partout où il passe... Ailleurs, Carco. remarque des types en train de se curer les dents... »

Jacques VALDOUR     P 171
De la Popinqu' à Ménilmuch' (1924) & Le faubourg (1925)

« là aussi, se pressent les cavaliers sans gilet ni faux-col, veston ouvert sur chemise fripée, un foulard autour du cou, la casquette en arrière »

« femmes aux joues poudrées, aux lèvres peintes, les unes en chapeau, une fourrure sur les épaules nues, les autres en cheveux, demi-dénudées sous la robe légère »

 Jo PRIVAT     P369

A propos de la mode avant-guerre de 40 :

« La mode, c'était les épaules carrées. On disait; il s'habille chez Alba... il a un porte-manteau dans l' dos, l' mec!... Ç’avait fait scandale, à l'époque, de s' loquer cornac'... Ah! toi, va chez Alba, t'as pas d'épaules... Les gringalets, ils étaient contents, ça leur faisait des endosses de lutteur, de dur, quoi... La mode, c'étaient les rayures, le bleu marine avec la rayure blanche. C'était le costume de maque, de gangster... »

« Le chapeau, c’était déjà la gars arrivé, qui f’zait plus taulier…Le mec qui avait deux, trois pouliches dans son écurie, c’était déjà quand même un monsieur. Les mômes le r’gardaient, ils avaient du respect…. »

A propos du passage de Jack Diamond en France en 1928 :

« Quand il est débarqué à Paris, tout le monde est v'nu l'attendre... Le p'tit chapeau blanc, le borsalino, il en a pas fallu plus pour qu' les jeunes se mettent à suivre la mode... » 

A propos de Jules des Sables, un tenancier de bordel aux Sables-d'Olonne :

« C'est lui qui avait balafré Marius, du bal chez Marius, rue des Vertus. Il lui avait cassé un verre dans la tranche et lui avait filé une balafre terrible... Jules des Sables, il se pointait avec son p'tit chapeau, il était sur la troisième ride, i' bougeait plus, hein... l'mettait son chapeau l'matin... Là, mon vieux, si quelqu'un passait, l' bousculait, et qu'i' déformait un peu la forme de son chapeau, l' mec il y était, hein... C'était un mauvais!... »

Claude DUBOIS     P211
La Bastoche, 1997

« Précaution afférente, à la fois au toucher et à la sueur, la mère de Pierre Merle, l'écrivain, qui, avec son mari, a beaucoup dansé dans l'entre-deux-guerres, avait constamment un fin mouchoir de fil à la main droite. En effet, le contact de la paume moite des danseurs pouvait être désagréable. La pratique était assez répandue et,  ajoute Mme Merle, acceptée rue de Lappe. »

Jo PRIVAT     P157

« Au Balajo il y avait des voyous... mais il y avait les vrais, et il y avait les faux. Les vrais passaient plutôt inaperçus... Beaucoup de gens se donnaient le genre julot, s'habillaient en voyou. Dés qu'ils allaient rue de Lappe, ils se croyaient obligés d'avoir la cigarette à la bouche et de rouler les épaules, exactement comme il y a eu après les blousons noirs et les faux blousons noirs... Les rockers aujourd'hui s'habillent d'une façon particulière, c'était la même chose... Le bal-musette, c'était une philosophie de la vie, une façon de s'habiller, une façon de s'exprimer... »

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